Tombé dans Valparaiso

Depuis Santiago, tu viens de passer une heure et demi dans le bus Pullman (celui avec la petite planchette rebondie qui te soulage douillettement  les mollets) et au sortir du terminal de bus de Rodoviario, l’européen propret que tu es prend un grand coup dans la gueule.
(Ce qui semble) un foutoir total, un bordel visuel incroyable. Des gens partout, qui à même le trottoir, sur un bout de tissu, vendent détergents, briquets, jeans, cigarettes,  confiseries, croquettes pour chiens, de tout et des riens, des joueurs de cartes, une dame qui chante pour vendre ses…vêtements.
Mais aussi des kilos de fruits et légumes piétinés (on est près du marché). Les maisons délabrées. Les sacs plastiques qui s’accrochent à tes pieds. Les tags, « les murales » qui s’effritent.
Tout ce que les guides de tourisme ne montrent surtout pas. Un monde …pauvre tout simplement. Un monde où tu vois en direct chacun se débrouiller comme il peut.
Perte totale de repères. Tu comprends plus comment ça marche.

Un bon coup de taser au moral.
Parce que toi l’européen, habitué à ce que tout soit « clean »,  tu t’es forgé une image très très romantique de Valparaiso ! Joris Ivens et son superbe film noir et blanc, le « Val paradis » d’Alain Jaubert, les images sensibles de Sergio Larraín, Neruda, Bolaño et les autres…
S’il vous plait, où se trouvent les petites maisons des collines aux couleurs sursaturées ?
Renseignement pris, il semble que l’ancienne municipalité n’a pas forcé sur le patrimoine et la propreté des rues.
Bon, fallait pas venir en bus mais plutôt te faire dropper dans un grand hôtel par une agence de tourisme.

Et puis une fois l’effet taser disparu…

Elle enveloppe soigneusement les six œufs demandés dans deux feuilles de papier journal.
Place Victoria elle loue pour dix minutes un tricycle à sa fille.
La vieille dame essoufflée fait une pose dans les escaliers et me dit de faire attention à mon appareil.
Dans l’autobus de ville la musique couvre le bruit du moteur.
Les deux collégiens en uniforme, costume-cravate pour lui et jupe-cravate pour elle, ne se lâchent pas la main puis se cachent derrière un pilier pour s’embrasser.
Une belle rue pavée bien en pente, tu te retournes et au loin en perspective, le Pacifique sud.
Ils te connaissent à peine et t’invitent dans un lieu précieux pour eux.
Il s’arrête un instant dans les escaliers pour caresser un chien puis repars.
Brume sur cet inextricable entassement de petites maisons, elle fume tranquillement sur son balcon.
Il replie soigneusement le mouchoir en tissu et le fourre dans sa poche.
Le taxi collectif te secoue bien fort, puis te dépose où tu veux.
Ce« murale » bien terni t’éblouit.
Il m’a vu avec ma carte et me demande si je veux de l’aide.
Elle lui sourit, le séduit le temps d’une cueca et puis c’est fini.

Tout cela reste humain, tellement humain.
Trop humain ?
A suivre.

3 réflexions au sujet de « Tombé dans Valparaiso »

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