Les petites aventures et leurs charmes

 

Libéréééé…refouléééé….

J’ai décidé de partir 2 jours d’Iquique pour descendre à 400km au sud visiter Chacabuco une ville fantôme d’abord usine de nitrate puis camp de prisonniers politiques sous Pinochet. Je prendrais la route principale à l’aller et remonterais par la côte.

Je roule pendant 2 heures sur la Ruta 5, en plein désert, dans ma petite auto de location sans le gps demandé et fenêtres ouvertes. Et tout à coup, au bout de 200 km de ce désert surchauffé, au milieu de nulle part, un mirage ! Une pancarte qui indique “Aduana“ ! Et encore un autre mirage, des bâtiments, des barrières, des camions arrêtés !
Une douane quoi.
Bon.
Je me joins à la file des camionneurs me disant que, finalement c’est normal avec cette marchandise qui circule, faut un peu surveillé tout de même, non ? En France il y a bien la douane volante.
Quand vient mon tour je sens au bout de quelques minutes que mon cas intrigue le douanier. Pourtant j’ai tous les papiers. Peut-être est-ce le permis de conduire international entièrement rédigé à la main par l’administration française ?
Le type recherche sur son ordi encore plusieurs minutes, recherche encore puis me dit que je ne peux pas aller plus loin, je dois rebrousser chemin.

Hé, hé ! Hein ? Pardon ? Que diablo? WTF ????
Et vu la tête du gars, c’est pas une blague.

Devant ma tête ahurie il sort de son guichet et m’explique : nous sommes à la « frontière » entre la première et la 2ème région administrative du Chili. Et il y a une douane car la région d’où je viens, Iquique est une zone franche. Ah bon ! Et alors ?
Et alors mon petit véhicule a été acheté en zone franche et n’a pas été “libéré“ pour aller ailleurs que dans sa région.
Bon ok mais moi je suis touriste, je savais pas tout ça, on peut faire une exception, je vais juste visiter…
No.
Mais..
No es posible.
Et on peut pas changer ça par téléphone avec l’agence ? No.

Je dois refaire demi-tour et repartir à Iquique.

La colère commence à monter et j’appelle l’agence de location. Aucun des 4 numéros ne répond.
Quand ma colère a commencé à retomber j’avais fait 50km à fond la caisse. Dans une sorte de brouillard de haine.
Bon, restons positif, il reste un espoir. Je retourne à l’agence, je change pour un véhicule “libéré“ et je me retape 400km. J’ai un hôtel réservé là-bas.
17h, 18h, 19h…Agence fermée…. Aucun numéro de téléphone ne répond. Pourtant on est un jour ouvrable, le 2 janvier.
Je tenterais ma chance demain.
Le 3 janvier…..pareil…..
Foutu.
Finalement une dame de l’agence m’appelle le soir, voyant mes 7 ou 8 appels sur chacun des numéros.
Et bon oui elle pensait pas que j’allais si loin, elle a pas pensé à m’expliquer, désolée, et quand tous les véhicules sont sortis on vient pas forcément à l’agence….le téléphone qui ne réponds pas, on a eu un jour de congé alors…pas plus d’explications vraiment claires…

Malgré le “geste commercial“ j’ai eu un peu de mal à digérer tout ça…

Heureusement sur le retour un automobiliste chilien qui me demande sa route, comprend que je suis français, me dit qu’il adore Jacques Brel (désolé les Belges) et se met à chanter “les vieux amants“. Lui dans sa voiture et moi sur le trottoir, on a fini le dernier couplet ensemble.

 

————–

Fin d’année à Iquique
A Iquique ils ont une jolie tradition pour le 31 Décembre. Si. A 19h tous les bars et les restaurants…….ferment….!!!???!!!
Et le lendemain aussi.
Et le surlendemain certains.
Donc il vaut mieux être invité à une soirée privée ou alors c’est le marchand ambulant de “completo“, un sandwich “américain“ surmonté d’une laaarge couche de purée d’avocat.
Ou le marchand de churros chiliens. Le churro chilien c’est comme le churro espagnol, trop gras et trop sucré mais en plus ils y injectent, avec une sorte de seringue pour insémination bovine, une dose massive de caramel liquide qui ne pense qu’à s’enfuir de là quand tu croques dedans.
En même temps, une fois que tu as absorbé les churros chiliens, t’es tranquille jusqu’au 2 janvier. Une certaine logique dans tout ça.
A partir de 22h les familles viennent piqueniquer sur les pelouses en attendant le feu d’artifice de minuit tiré sur la mer.
Sur la scène orchestre de Cumbia puis ensuite orchestre de Cumbia.
Face à la scène quelques danseurs, beaucoup de gens déguisés, des gosses qui t’aspergent de ….différents produits, et la foule qui se réunit en famille et entre amis.
Ambiance sans grand délire mais très sympa.
A partir de 2h du matin on commence à rentrer chez soi en laissant dans les rues, sur les pelouses et la plage tous les restes de ce qu’on a amené. Emballages, canettes, bouteilles, bombes de neiges, feu d’artifices et même vieilles glaciaires.
Le lendemain on ne peut que se féliciter du superbe travail d’équipe des éboueurs.
Il faut être honnête, et beaucoup de chiliens le reconnaissent car c’est flagrant dans certaines villes, il y a encore du boulot à faire en matière d’éducation à l’utilisation des poubelles.

 

—————-

“Terre, capitaine, terre de feu !“

Oulan-bator. Maracaibo. Saint Pétersbourg.
Il y a des noms qui forcent le respect. Ils ont en eux une telle puissance évocatrice. Irkouks. Vladivostock. Paramaribo. La péninsule de Valdès. La mer d’Iroise.
Parfois même, l’aventure commence déjà dès les premières difficultés de prononciation. Promesses de difficultés, de mystères.
Un jour je passerai le Détroit de Magellan et voguerai vers la Terre de Feu !

Ce matin je vais passer le Détroit de Magellan et voguer vers la Terre de Feu !
A Punta Arenas je n’ai prévu qu’un petit séjour et curieusement le seul jour ouvrable pour la traversée du détroit de Magellan est le dimanche 25 décembre. Rien le lendemain ou le surlendemain.. Et je suis prévenu les compagnies de taxi individuels et les bus ne travaillent pas ce jour là. Il faut se lever à 6h pour trouver un “collectivo“, taxi collectif qui m’amènera au port, assez loin.
Une première étape franchie avec succès et je me retrouve comme 4 autres chanceux à 7h30 devant les guichets encore fermés de la compagnie de ferry.
2ème étape j’obtiens mon billet et poireaute au dehors. Il doit bien faire…8°. On poiraute longtemps car le ferry ne pars qu’à 9h dimanche oblige. Retours possibles à 13h ou à 19h.
On a le temps de voir 4 bus de touristes plein à craquer qui déversent leur clientèle dans un autre ferry pour aller voir des pingouins. 200 personnes sur un chemin balisé (interdit de sortir du chemin précise le prospectus) faisant la queue sur une petite île pour voir quelques pingouins. Très peu pour moi. Je préfère la vraie nature et ce coin de terre isolé, Porvenir la seule ville.
Embarquement et départ. Le ferry est presque vide. Ça accentue le coté aventure pensé-je en mon for très intérieur.
Malgré le froid sur l’eau et le vent je reste sur les ponts à l’extérieur pour voir la navigation sur cette eau mythique le Détroit de Magellan !
Soudain au loin le souffle de 2 baleines ! Nous les reverront 4 fois. Ensuite un petit dauphin nerveux nous accompagnera un petit moment. Ravissement, quasi extase.
Bon l’eau est calme, j’aurai préféré un peu de tangage ou de roulis pour faire plus aventurier des terres lointaines, mais bon.
N’empêche je le traverse ce Détroit de Magellan !

shli2629-copieshli2670-copie
“Terre, capitaine, terre de feu !“ Enfin la voilà, visible, cette terre sauvage, des monts pelés à perte de vue. La Terre de Feu. Et au loin là bas au sud le passage vers l’Antarctique. Sur cette immense lande une seule maison avec quelques vaches, puis plus tard, le port.
Débarquement à Bahia Chilota à 5km de la ville de Porvenir. C’est principalement un petit port de pêche et une sorte de base arrière pour les expéditions en Antarctique.
Il faut trouver un taxi pour aller à la ville, pas de bus. Là les choses se compliquent car il n’y a pas de taxi. Les quelques chiliens à pied ont demandé aux quelques chiliens en voiture de les amener en ville. Et les touristes eux, restent là. Une dizaine de personne. Finalement un taxi se pointe au bout d’un long moment avec déjà 3 personnes (d’où viennent elles ?) et il s’arrête devant moi. Aubaine.
Et là le taxi nous fais bien comprendre qu’il reviendra pour ramener les gens au ferry à 13h mais qu’il ne sera certainement pas là à celui de 19h….Et que les autres taxis feront pareil. On est le 25 décembre non ?
Bon ça se complique dirait-on….Mais c’est ça l’aventure, non ?
Où doit-il me déposer..euh.. au centre… en la plaza ?….Si, si… Déposé sur la plaza.
Et là……

shli2682-copie shli2683-copie shli2684-copie shli2685-copie shli2686-copie shli2689-copieshli2705-copie

Les 3 restos et les 2 bars de la ville sont fermés. Ainsi que la seule agence qui propose des sorties et loue aussi des voitures. Pas un chat. Personne et comme je n’ai pas prévu grand chose, aucune possibilité de sortir de la ville.
Les chiliens au chaud chez eux (s’il y en avait) ont dû voir passer un type seul un 25 décembre avec un énorme fou-rire qui n’arrêtait pas.
Et mon fou-rire est revenu plusieurs fois notamment quand je suis tombé sur 2 touristes allemands aussi largués que moi !
Finalement j’ai croisé un chien. Les 8 autres touristes aucune nouvelle.

shli2734-copie
Donc après avoir passé 2 heures en Terre de feu à traverser des rues vides avec parfois un automobiliste filant en me regardant d’un air…inquiet, marcher au bord de la crique et fouler un peu de terre sans feu, j’ai repris le ferry ne voulant pas mourir de froid et de solitude (et de honte un peu aussi) dans ce lieu ….(quasi) mythique et presque au bout du monde.
Plus tard sur le ferry je me suis rassuré en pensant que Ferdinand de Magellan lui aussi en avait bavé. Oui. Les habitants du lieu, méfiants, avaient dû le regarder passer comme moi dans le froid. Aucun historien ne précise s’il avait le fou-rire.

Peut-être. Mais avec certainement d’autres idées en tête.

Finalement je suis tout de même très heureux d’avoir foulé (si peu) cette terre encore mythique.
Et persiste une envie d’y retourner pour un voyage plus en profondeur et légèrement mieux préparé….

shli2754-copie

Le passage vers l’Antarctique

 

—————–

ROOTS (*)

Le cul outrageusement endolori par 2h15 de chaos, pardon, de route chilienne et par l’oubli évident d’un quelconque système de suspension sur ce bus du « Gran Valparaíso », je comprends qu’il est temps de descendre quand le chauffeur une fois garé éteint le moteur.
Un petit port à 40km de Valparaiso. (Vu ? Non ? 40km…. 2h15 ? Voilà.)

Mon logeur précédent avait réprimé un léger sourire quand je lui avais donné ma prochaine destination (trop tard c’était réservé !) et m’avait expliqué que c’était dans les années 70-80 un point de ralliement de tous les hippies de la côte. Bien.
Et bien il y en a quelques uns qui ne sont pas repartis. Ils portent encore le pantalon de cuir noir avec lequel ils sont arrivés, le bandana idem et la barbe désormais blanche mais toujours longue.

Mais les principaux habitants sont les pécheurs et les travailleurs des complexes pétrochimiques qui se partagent la côte jusqu’ici.
J’ai voulu faire « roots » et donc me suis laissé séduire par une adresse d’un célèbre guide.
Alejandro m’accueille, parle un français un peu hésitant, sûrement mieux que mon espagnol. Il a vécu en France et en Suisse pendant pas mal de temps.
Accueil très sympa, il me montre sa maison toute en bois…rustique, entièrement…faite main. Par ses mains, pendant des années. Du vrai bois et de la récup. Je voulais du « roots » ? J’ai du « roots ». Plein, partout. Chaleureux aussi comme le propriétaire.  Me montre ma chambre et tout de suite s’assoit sur la terrasse face aux vagues du Pacifique et aux goélands. M’invite à m’assoir avec lui. Pour discuter. On baragouine dans les deux langues mais on se comprend. Comme ça, tranquillement.
Au bout d’un moment comme je lui dis que je vais chercher un resto, lui aussi qui a faim me propose son pojoro (orthographe non certifiée) en fait une soupe au haricots rouges avec quelques pâtes. Quand il l’a faite, il avait bien mis un peu de viande avec, mais là il l’a toute finie, la viande. Reste la soupe. Très bonne. On peut mettre un peu de ça qui pique, un peu avec. Je mets. Je commence un peu à tousser. Mais Alejandro aussi. Ca pique un peu en passant à la gorge. Oui, oui. « Todo es artesanal aquí ».

Plus tard, après avoir passer une partie de la jambe au travers du plancher bien déglingue de la terrasse (et oui, le temps, l’océan, l’humidité…) je vais faire un tour au port histoire de voir ce qui se passe. J’y retrouve mes amis pélicans. Oui parce qu’ ici aussi il y en a partout. De toute façon il se regroupent là où il y a des pécheurs qui nettoient le poisson. Pas folles les bestioles.
C’est fou comme cet oiseau pourtant profilé comme un bombardier soviétique peut avoir tant de charme.
La particularité de la pèche ici ce sont les chevaux qui mettent à l’eau les barques depuis un promontoire en les trainant sur le sable et les ramènent la pèche finie à l’abri de la marée. Les poisons, crabes et crustacés sont immédiatement vendus à peine sortis des cages et défaits des filets. Tout cela au milieu des dizaines de pélicans qui pourchassent des centaines de goélands et des quelques chiens qui tentent de choper les pélicans.

Le lendemain alors que je m’en mets plein la chemise avec une empanada camarón/queso Alejandro m’apporte un surplus de son repas purée/oeuf qu’il a cuisiné pour moi.
« Todo es artesanal aquí »
Discussion dans la cuisine. La bouffe, la France, la famille, las mujeres…. On a les mêmes problèmes, seules les solutions diffèrent.

Revenu sur la terrasse de tous les dangers, je me dis que j’ai vraiment une chance inouïe d’être là au bord du Pacifique à écrire des bêtises.

« Todo es artesanal aquí »
Ma chambre abrite toutes sortes d’insectes inconnus mais pacifiques, le sommier entièrement fait de planches de vrai bois dur du Chili (Ikéa no passara !), pas de wifi, en réparation…aucune clé ne ferme vraiment la maison et les porte-fenêtres une fois closes disposent d’un grand espace dédié aux courants d’air.
L’usure.
Ce cher Alejandro, un peu souffrant, se laisse plus ou moins happer par le temps. Il le sait.
C’est peut-être ce qui est bien finalement ? Ne pas tout effacer. Ne pas tout réparer, ne pas faire disparaitre l’usure.
C’est ce que nous recherchons quand nous sommes touristes et fuyons aussitôt qu’il faut l’expérimenter.
Foutre la paix au temps, lui laisser creuser ses rides.
« Todo es artesanal aquí ».
Et la chaleur humaine également, entièrement faite-main.
Merci Alejandro pour ce voyage.

 

(*) « Ca fait roots » : ça fait vrai, ancien, authentique, un peu brut de décoffrage

Une réflexion au sujet de « Les petites aventures et leurs charmes »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s